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Le bonheur est dans le Pré vert
A Guercheville (sud Seine-et-Marne, 233 habitants), le théâtre du Pré Vert a la particularité d'être né de la volonté de resserrer le lien social entre jeunes d'origine citadine et anciens du village. Dans les années 80, en binant les rosiers de ce petit village fleuri en pleine mutation, le cantonnier que je suis, pouvait prendre le pouls de la forte incompréhension des uns et des autres. En créant un premier atelier d'initiation théâtrale ouvert aux ados, l'idée était d'une part, de répondre au désœuvrement des plus jeunes(insulaires isolés sur cette petite île au milieu de la plaine), et d'autre part de réunir le temps d'un spectacle, le temps d'une animation, le village dans son entier. Cela a fonctionné comme prévu. Je me souviendrai toujours de cette phrase révélatrice d'un ancien :«Depuis qu'ils font du théâtre, les jeunes, ils disent bonjour!». Cette modeste expérience, sans grande valeur artistique, était devenu un outil de la rencontre sociale. Ce qui n'était pas prévu, c'est que de cet atelier naisse un jour, par la volonté commune, une association « Le Théâtre du Pré Vert » qui regroupe quinze années plus tard : 90 adhérents jeunes et adultes, 11 ateliers (théâtre visuel, clown, cirque, marionnette, photo...), une compagnie amateur réputée pour ses créations visuelles, moteur d'un festival en milieu rural « 1 hectare 6 arts » qui rassemble choque année, avec le soutien du conseil général, des compagnies professionnelles, des compagnies amateurs, des musiciens, des peintres, des sculpteurs, et des spectateurs, beaucoup de spectateurs. L'esprit initial ne s'est pas perdu et le bonheur est toujours dans ce pré. Sur les 11 ateliers, 5 sont encadrés par des intervenants professionnels et les 6 autres de façon bénévole dans une idée de partage des savoirs. Mais tous favorisent la rencontre inter-génération et le contact humain. Ces rendez-vous hebdomadaires autour du théâtre, de la photo ou de l' initiation à l'Internet sont peut-être nos veillées modernes, en fin de compte pas si éloignées que cela des veillées d'autrefois, par le lien social qu'elles engendrent. Il n'y a plus ni café, ni commerce. L'association (au-delà du " un peu de culture au milieu des champs") est devenue un lieu de vie, soutenu sans restriction par le conseil municipal, où l'on se réunit autour d'un projet artistique. Projet où chacun peut apporter sa contribution de citoyen, sa pierre colorée, où chacun peut exister et trouver sa place. Le théâtre visuel et la création collective favorisent également une plus large adhésion sociale à la pratique. Même si c'est une idée fausse, les pages de texte à apprendre peuvent faire peur ; nous avons abandonné les textes et gardé les pages blanches pour y coller nos propres images. Ainsi réunis, il me semble que nous participons à l'évolution d'un monde rural sans complexe qui veut se réinventer, s'ouvrir aux autres et se projeter sereinement dans l'avenir. Et qui dit bonjour.
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